Cet album est un chef d'œuvre absolu, une galette qui redéfinit la musique moderne comme rarement on en aura entendu, un Himalaya de poésie et de mélodie et... et... et.... N'importe quoi mon pauvre vieux (et là je m'adresse à tous les scribouillards amateurs qui s'enthousiasment si facilement pour le moindre pet de mouche dans le désert de Gobi que c'en est alarmant voire carrément gênant quand à la crédibilité de leur sens critique)... Soyons raisonnables et disséquons froidement la nouvelle pièce de la discographie de l'ex et toujours référentiel chanteur de Marillion.
Je tiens à préciser, avant d'entrer dans le vif du sujet, que je considère la carrière solo du Poisson comme étant, qualitativement de bien meilleure tenue que celle de ses anciens comparses ce qui ne m'avait pas empêché d'être pour le moins dubitatif quand à la qualité de son précédant album, Fields of Crows, et de l'antépénultième, Fellini Days, même si celui-ci possédait de vrais grand moments (So Fellini et Clock Moves Sideways notamment). Je ne suis donc pas "fan" (d'ailleurs, je déteste toute adoration aveugle).
N'ayant pas écouté les extraits de ce nouvel album sur la page MySpace de l'artiste, 13th Star est une complète découverte pour moi, et quelle découverte ! Je n'irai pas jusqu'à prétendre qu'on tient là le meilleur album de l'écossais, Vigil in a Wilderness of Mirror et, surtout, Sunsets on Empire sont pour moi d'indétrônables opus ! C'est cependant avec un infini soulagement que je retrouve un Fish en pleine possession de ses moyens.
Déjà, dès la première écoute, j'ai pu constater que, cette fois-ci, la production était tout à fait à la hauteur des aspirations artistiques de la musique. Le son est clair, puissant, précis et, pour tout dire, écrase tout ce qu'a produit Mr. Dick depuis Sunsets on Empire! C'est, ainsi, avec le cœur léger que j'ai pu commencer de décortiquer les différentes compositions de cette treizième étoile, l'écrin, me suis-je dit, est à la hauteur de la rumeur qui annonçait un gargantuesque festin sonique! Et, de fait, les compositions sont parfaitement mises en valeur par le travail de Calum Malcolm (Blue Nile/Prefab Sprout/Simple Minds/Nazareth).
Musicalement, on reconnait parfaitement la "patte" du Poisson, un rock légèrement progressif fait d'ambiances douces amères, de saines colères, de tendresse et de passion. Un tour de force considérant que le monsieur est simplement chanteur/parolier et mélodiste, preuve d'une forte personnalité et d'une vraie vision de son œuvre, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Nous allons ainsi du puissant qui n'est pas sans rappeler les rifferies de Porcupine Tree (l'introductif Circle Line, Manchmal) à la ballade point trop sirupeuse (Miles de Besos, Where in the World?) couvrant tout le spectre entre ces deux extrêmes.
Comme il en a désormais pris l'habitude, Fish intercale quelques spoken words du meilleur effet dans sa musique (comme par exemple sur le Marillionien Openwater), une habitude que certains prétendent héritée de la baisse notoire de ses capacités vocales oublieux qu'ils sont d'un Brief Encounter sur Misplaced Childhood (1985). C'est d'ailleurs un poisson en belle forme vocale que l'on retrouve tout au long de ce 13th Star. Nier que le Poisson n'a plus la même voix que dans ses heures de gloires avec son ancien groupe voire dans les débuts de sa carrière solo serait se voiler la face, ce n'est pas l'habitude de la maison, il faut cependant noter que cette "nouvelle voix" colle parfaitement au répertoire et que les quelques aigus perdus ont largement été compensés par une profondeur qui faisait lui parfois défaut dans le passé.
Bref, vous l'aurez compris, c'est une bien bel album qui nous est livré en cette rentrée 2007: pas une compo faible au compteur, pas une faute de goût dans les arrangements (on se rappellera douloureusement de la chorale d'enfants sur Somebody Special en 1994 ou du clavier façon "Kenny G à la clarinette" sur le pourtant impeccable Rites of Passage en 1999) et, surtout, une impression d'unité de style bien que les compositions soient toutes très différentes les unes des autres. 13th Star est donc un bloc d'une grande qualité artistique où tous les amateurs de Fish se retrouveront quelques soient leurs préférences dans son répertoire.
Notons pour conclure le parfait packaging (incluant un DVD du making of de l'album hélas sans sous-titres mais très intéressant pour les anglophones), ainsi que les très belles illustrations de Mark Wilkinson. Hélas, cette version, limitée à 10.000 exemplaires, est uniquement valable via le site officiel du Poisson. L'album simple version "bacs" ne sera disponible qu'en janvier. Je ne saurai vous expliquer les raisons exactes d'un tel délai mais l'objet vaut le coup qu'on casse son petit cochon de porcelaine ! Alors, zou !, ruez vous
ici et soutenez un Fish qui le mérite largement !